Marion 1 Flashcards

(59 cards)

1
Q

Anne Marie Houdebine Gravaud 1975

A

propose concept d’imaginaire linguistique quelle définit comme « le rapport du sujet à la langue (sa et sa première) et aux langues.

Il est constitué d’un ensemble de
normes objectives et subjectives:
des représentations fictives,
prescriptives, communicationnelles qui
sont souvent en conflit: nos pratiques
communicationnelles sont souvent
éloignées de la norme

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2
Q

Paradoxe; Pourquoi l’étude de la variation contredit-elle nos représentations normatives des langues ?

A

🔹 1. Les langues comme constructions sociales

Les langues sont catégorisées, nommées, décrites par des experts (linguistes, grammairiens…).

Elles existent comme entités autonomes parce qu’on les a institutionnellement définies.

🔹 2. Rôle politique et historique

La notion de langue a servi à construire les États-nations.

Les politiques d’éducation ont renforcé cette vision cloisonnée des langues.

🔹 3. Nommer ≠ parler

Les locuteurs nomment parfois leurs langues uniquement par référence à une nation :
→ ex. « je parle marocain / algérien »
→ désigne le pays, pas la langue réelle (kabyle, arabe, berbère…).

🔹 4. La variation montre l’inverse

Dans la réalité des interactions, on ne parle jamais “une langue” homogène.

Les usages sont variés, hétérogènes, contextuels, dépendant des situations sociales.

🔹 5. Conclusion de Boutet

→ Les langues n’existent pas comme blocs homogènes dans la pratique réelle.
→ L’étude de la variation révèle que la langue est un ensemble mouvant de pratiques sociales, pas une entité fixe.

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3
Q

la langue: une pratique de pouvoir

A

fr de la sociolinguistique= étudier la variation, ce que font les locuteur, mettre en évidence pluralité en observant decrivant comprendre pq ils adoptent tel comp en fonction de facteurs.

La langue est une pratique de pouvoir, elle dit qui a le droit à la parole, qui ne l’a pas; elle permet d’exclure certaines personnes et d’en inclure d’autres, suivant une catégorisation préétalie. Nous parlerons aujourd’hui de la catégorie du genre et de la variation diagenique

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4
Q

construction des genres par le biais du langage

A

développement: → Dès la naissance : catégorisation fille/garçon. (échographe annonce sexe)
→ Discours constants définissant ce que “doit être” féminin/masculin.

pratiques discursives: acteurs sociaux les utilisent ds leurs échanges.

on est pas totalement libres de nos pratiques, et elles nous sont en
partie inconscientes. (Elles deviennent conscientes lorsqu’une personne ne se
conforme pas aux attentes et aux discours reçus)

socialisations: nous nous sommes imprégnées de ces discours, de ces
pratiques langagières (qui mettent en jeu tout le corps), et ce dès le plus jeune âge.

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5
Q

Qu’est-ce que la variation diagenrée ?

A

→ Les pratiques langagières varient selon le genre (telles qu’attendues socialement).

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6
Q

Rituels genrés

A

années 90: Deborah Tannen
met en évidence rituels spécifique au genres masculins et féminins.
Conversational Style (1984).

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7
Q

Quels rituels conversationnels observe Deborah Tannen chez les garçons ?

A

→ Mode compétitif : rivalité, hiérarchie, statut.
→ Grands groupes.
→ Gagner l’attention = raconter, commander, performer.

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8
Q

Quels rituels conversationnels observe Deborah Tannen chez les filles ?

A

→ Mode coopératif : similarité, lien, appartenance.
→ Petits groupes.
→ Importance d’être incluse/exclue.

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9
Q

Conclusion de Tannen : deux axes d’interaction

A

→ Hommes : statut (qui est au-dessus/dessous).
→ Femmes : connexion (proche/loin).

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de hiérarchie entre les
femmes, et qu’elles ne sont pas compétitives. C’est juste une tendance
des femmes, alors que les garçons utilisent le langage pour négocier leur
statut dans le groupe

➢filles ont tendance à jouer en petits groupes et n’aiment pas les filles qui leur disent ce qu’elles doivent faire: « she is bossy » elle est autoritaire.

➢Alors que dans un groupe de garçon, quand un dit ce qu’il faut faire, il est vu comme le leader. Donner des ordres permet de gagner du statut, devenir le centre de l’attention. Raconter des histoires, des blagues, le permet également. Et ceci s’observe dès l’enfance où beaucoup de jeux de garçons impliquent de choisir son camp. Et d’être choisi par le groupe. Et tu peux être le dernier choisi ou ne pas l’être du tout. La hiérarchie est claire.

➢Les femmes sont focalisées sur la question « suis-je inclue ou exclue? », sommes-nous proches ou distantes? Alors que les hommes se posent la question de savoir qui est au dessus, qui est au-dessous. Ainsi, les filles seraient dans un mode d’échange coopératif et les garçons dans un mode
compétitif

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10
Q

Parler, c’est se conformer à des attentes

A

➢Au moyen des interactions, on construit sa place, son appartenance au groupe, on
revendique sa mêmité (le fait d’être comme les autres), qui permet de préserver son
ipséité (le fait d’avoir un caractère propre).
➢Cette volonté d’appartenance à un groupe, passe aussi par un certain
positionnement social au sein du groupe, notre capacité à nous relationner avec les
autres membres du groupe, ce que Deborah Tannen appelle « Connexion »
(distance entre les individus) et par notre statut dans le groupe. Dans une
interaction, les deux dimensions statut et connexion sont toujours en jeu.
En fait, c’est beaucoup plus complexe que cela

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11
Q

Etudes sur le genre: 3 paradigmes
successifs d’exploration du genre

A

Vague 1: années 70 la linguiste américaine Robin Lakoff réalise une introspection
personnelle sur sa compétence de locutrice américaine.

Vague 2 des années 80-90 : analyse d’interactions entre hommes et femmes

Vague 3: après les années 90: critique de la vision binaire du genre, prise en compte
d’autres types de masculinité et féminité

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12
Q

1) Vague 1: Précurseuse: Robin Lakoff

A

→ Identifie les traits du « langage des femmes » :
hedges, hyperpolitesse, tag-questions, excuses, intonation, langage moins direct, etc.

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13
Q

Vague 2: enquêtes de terrain
1) Les femmes moteurs du changement phonétique

A

→Au départ, ce qui a créé cet intérêt pour la variable du genre c’est l’observation que les changements
phonétiques semble être le fait des femmes en particulier
La postériorisation des voyelles longues en Californie et dans l’ouest des Etats-Unis,
le recul du /e/ bref à Norwich (Trugdill, 1974)
L’affaiblissement des affriquées en Argentine (Wolf & Jiménez, 1979)
La fusion des voyelles hautes devant /l/ au Texas (Bailey & Ross à paraitre)
L’avancement du noyau de /aw/au Canada (Chambers & Hardwick, 1985)
Les changements en chaine des 7 voyelles brèves dans les grandes villes du Nord
des Etats-Unis (Labov, Yaeger &Steiner, 1972; Eckert, 1988, 1989)
Les changements vocaliques à New York et à Philadelphie (Labov, 1980,
1990

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14
Q

Vague 3 : années 90+ (paradigme de la performance)

A

→ Rejet de la vision binaire femme/homme.
→ Genre = performance (Butler, De Lauretis, Sedgwick).
→ Identités multiples possibles (drag kings/queens, queer, trans…).

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15
Q

2) Des styles conversationnels genrés

A

Dans les années 1970, sous l’influence de l’ethnographie de la communication et de
l’analyse conversationnelle, les conversations sont perçues comme une excellente
entrée en matière pour étudier la façon dont la domination est exercée par les
hommes sur les femmes.
En effet, « la conversation en face à face est marquée par l’influence réciproque que le
corps des individus exerce sur leurs actions respectives lorsqu’ils sont en présence
physique immédiate les uns des autres » (Goffman,1973: 23). La « présence physique
immédiate » de tout individu en fait un être sous le regard des autres et le porteur de
signes expressifs. Sa visibilité appelle immanquablement une interprétation sur ce
qu’il est et sur ses intentions ». (Pasquier, 2003)
Ces styles diffèrent suivant le background ethnique, le background socioculturel
(classe sociale), Le background régional, l’âge et le genre.

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16
Q

deborah tannen: livre conversational style 1984

A

Il porte surtout sur l’analyse des styles conversationnels des hommes
et des femmes (1984, 2005), via le prisme des malentendus en lien
avec leurs styles conversationnels.

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17
Q

Exemple de malentendu lié à différents styles conversationnels
(non verbal gars vs fille)

A

→ Femmes : parlent face à face, regard direct.
→ Hommes : regard moins direct, posture tournée à l’extérieur.

Sur le plan comportemental elle observe une différence entre les hommes et les femmes qui concerne
le regard : les femmes se parlent dans les yeux bien plus que les hommes. C’est pourquoi elles ont
parfois l’impression de ne pas être écoutées attentivement par les hommes qui détournent facilement
le regard. Ce n’est pas un détournement, c’est le signe que nos interactions sont genrées

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18
Q

Caractérisation des styles conversationnels (Deborah Tannen)

A

1) Ces signes, ces indices, ces informations sont
2) Les formes discursives privilégiées et la tonalité
3) La manière de gérer les tours de parole
4) Les actes de parole privilégiés
5) Le ton privilégié
6) le choix de certains type d’actes de paroles, de formes
plus ou moins directes. Formes directes :

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19
Q

1) Ces signes, ces indices, ces informations sont

A

le volume sonore de la voix
le débit
le rythme
la qualité de la voix
le choix de faire des pauses plus ou moins longues,
Le choix d’utiliser certaines intonations,
certaines attitudes,
certains gestes

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20
Q

2) Les formes discursives privilégiées et la tonalité

A

le recours fréquent au récit

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21
Q

3) La manière de gérer les tours de parole

A

l’enchaînement rapide sur la parole de l’interlocuteur
La manière d’interrompre
La formulation des questions et des réponses et la manière dont elles se
succèdent
l’étude des modalités de démarrage et de développement d’un topic
l’analyse des tag questions dans plusieurs contextes: She’s ridiculous, isn’t she?

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22
Q

4) Les actes de parole privilégiés

A

la demande
* la menace
* L’excuse

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23
Q

5) Le ton privilégié

A
  • Le recours à l’humour
  • à l’ironie
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24
Q

6) le choix de certains type d’actes de paroles, de formes
plus ou moins directes. Formes directes :

A
  • «Excuse moi, est-ce que tu pourrais fermer la
    fenêtre s’il te plait »
    ou recourir à une forme d’acte plus indirecte
  • «Brrr, il fait froid ici »
  • La dimension indirecte peut passer par le choix du
    médium : Laisser un mot sur la table avec écrit :
    « Merci de ne pas laisser les fenêtres ouvertes »
  • Dans le mode indirect, on peut aussi demander à
    l’ami.e de la personne qui laisse toujours la fenêtre
    ouverte de lui faire la commission de la fermer.
25
deborah tannen distingue
* le message: ce que l’on dit * du meta-message: ce qu’on pense que la personne essaie de nous dire en disant quelque chose. «brr, il fait froid» = ferme la fenêtre s’il te plait
26
message
Sur quoi porte la question Se plaindre d’un réel problème Insulter Charrier Faire de l’ironie Les sujets dont vous parlez L’histoire Une blague
27
MÉTA-MESSAGE
S’interroger sur le but de la question S’interroger sur le mode de la plainte plutôt que sur l’exposé serein d’un problème S’interroger sur le choix et le but de l’insulte Le choix et le but de la mise en boite Le choix et le but de l’ironie Le choix et le but du sujet Le choix et le but de l’histoire Le choix et le but de la blague
28
L’effet de la domination masculine
C’est grâce notamment à ce genre de travaux que l’on découvre par exemple que les hommes interrompent plus souvent que les femmes (West et Zimmerman1975 : 105, 116) = manterrupting que les hommes ont la tendance à répondre tardivement, ou pas du tout, ou « à côté » aux questions posées par les femmes (De Francisco 1991 : 179), que les femmes ont du mal à maintenir un topic dans la conversation lorsqu’il est initié par elles (Fishman 1978 : 403). que les femmes sont plus enclines à poser des questions, à demander des explications, à utiliser des expressions emphatiques, des diminutifs. Les hommes utilisent des noms associés aux femmes comme des insultes
29
Vingt ans plus tard en France, Claudine Moïse constate des phénomènes semblables:
Ainsi, si les femmes semblent plus « polies » que les hommes, aussi bien dans l’emploi du lexique que dans les interactions, c’est avant tout le reflet d’une construction sociale. On peut donc se demander si la politesse des femmes, particulièrement manifeste en présence d’hommes, ne cacherait pas une difficulté à s’affirmer, à s’opposer, à affronter l’autre, à finalement réclamer son dû ; la politesse participerait alors de la domination. En revanche, les prises de parole chez les hommes servent à s’exposer, à se montrer, à s’affirmer, à se dire publiquement et avec ostentation. Se dire et dire son pouvoir. » (C. Moïse, 2002: 50) « Les femmes, pour répondre aux critères sociaux de différenciation attendus mais aussi par désir d’ascension sociale, vont faire usage, dans une même situation d’énonciation que les hommes et dans un même contexte social, d’un parler moins direct et plus euphémisé. Ce sera le cas aussi dans les pratiques de la parole en banlieue où les jeux langagiers sont d’abord dévolus aux hommes. » (Claudine Moïse, 2002:51)
30
Mais ce qu’on décrit comme langage féminin ou masculin ne le sont que dans l’absolu
On observe une grande variation de comportement et de paroles chez l’un et l’autre sexe. Les traits dit « féminins » ou « masculins » ne sont pas exclusifs de l’un ou l’autre sexe
31
3 paradigmes explorés
1er paradgime: Celui de l’asymétrie dans la relation aux enfants. « les hommes et les femmes [participent] dès leur enfance à des processus de socialisation différents et différenciés » 2ème paradigme: Celui de la domination exercée par les hommes sur les femmes 3ème paradigme: Celui de la performance: Le paradigme de la performance est très Judith Butler influencé d’une part, par le féminisme de la troisième vague de Judith Butler (1990), Teresa De Lauretis (1991) et Eve Kosofsky Sedgwick (1990) dont les travaux ont radicalement questionné la dimension essentialiste et binaire des catégories Il faut comprendre le sens de performance au sens qu’en donne Erving Goffman (1959) comme « les termes d’un rituel dans lequel les participantEs font l’expérience d’une présentation de soi inédite et subversive » Lucas Greco (2011) Genre, langage et sexualité, Entretien avec Luca Greco mené par Stéphanie Kunert, Pages 125 à 134
32
Critique de la vision binaire du genre
→ Trop stéréotypée, réifiante. → Les comportements “masculins/féminins” varient énormément selon contexte, ethnie, classe sociale « Ces travaux [des paradigmes 1 et 2] ont fait l’objet de nombreuses critiques soulignant le caractère stéréotypique et réifiant des catégories (Cameron 2007, Bailly 2008) et montrant comment les acteurs peuvent s’approprier ces styles interactionnels pour instituer des relations d’asymétrie entre gamins jouant aux papas, aux mamans ou aux maîtresses d’école (Goodwin 1990 : 170) ou pour accomplir d’autres identités que celles attribuées par leur sexe anatomique (Hall 1995). D’autres chercheur-e-s ont montré comment la mise en relation entre une pratique langagière et un genre est médiatisée par un certain nombre de normes et de postures idéologiques (Ochs 1992), associant respectivement, par exemple, l’autorité et la vulnérabilité à la masculinité et à la féminité à propos de la dimension genrée des pratiques de littératie (Besnier 1995 : 579-580).
33
Emergence d’autres masculinités
➢Masculinités endossés par des homosexuels, des personnes trans F to M (female to Male = assignés femmes à la naissance et qui sont dans un processus de transition vers la masculinité) Rasty Barrett (1999) From Drag Queens to Leathermen groupe homosexuel africain américain de chicago qui se produissent sur des scènes underground de dragqueen. Langage très polyphonique: variation phonologique noire américain + insulte + argot + langage de la femme blanche bourgeoise catholique) Il s’agit de masculinité non hégémonique racisé
34
Lucas Greco
a travaillé à Bruxelles sur des ateliers de dragkings: idée de performer la masculinité, personnes non binaires qui performent la masculinité (souvent des personnes assignées femmes à la naissance) Les dragkings utilisent un langage dans lequel ils mobilisent des ressources morophologiques typiques du genre masculin: « il » ou « iel » « je parle au masculin mais je peux aussi utiliser des ressources linguistiques hybrides ou parler au féminin) construire une identité fluide et plurielle »
35
Emergence d’autres féminités
La catégorie femme ne peut pas être posée comme uniforme, préexistante à l’analyse. Elle est au contraire construite en discours. C’est ce que montre les analyses conversationnelles de transactions commerciales, réalisées par Lorenza Mondada (Langage, Genre et Sexualité, 2011, p.115). Lorenza Mondada D’autres travaux ont également radicalement questionné la dimension essentialiste et binaire des catégories: Norma Mendoza-Denton (2008) Homegirls: Language and Cultural Practice Among Latina Youth Gangs Don Kulick (1998) Travesti: Sex, Gender, and Culture among Brazilian Transgendered Prostitutes Sarah Galdiolo, Jean-Christophe Meunier, Isabelle Roskam, Marie Stiévenart (2015) Psychologie de la parentalité: Modèles théories et concepts fondamentaux ce qui a permis l’ouverture d’un troisième paradigme celui de la performanc
36
La performativité de l’acte de parole
Ainsi la catégorie genre devient pertinente au fur et à mesure de l’organisation séquentielle, et au cours de l’orientation des participants vers les enchainements préférentiels ou dispréférentiels indépendamment du sexe des locuteurs. « Ici, le social n’est plus analysé comme (macro-)structurant le linguistique dans sa variation, mais a partir de la situation, en construction dans l’activité interactionnelle de production sociale de sens. Les locuteurs ne sont plus catégorisés a partir de leur position sociale, mais des positionnements par lesquels ils se situent et se définissent. Les normes partagées, conventions sociales, ne sont plus regardées telles qu’ils s’y soumettent, mais telles qu’ils les prennent en charge, les négocient, les (re)construisent en interaction (Gumperz, 1968). » Aude Bretegnier 2021, « Communauté linguistique » Langage et société 2021/HS1 Hors série, pages 51 à 55
37
le gender studies
On voit fleurir depuis les années 90 des perspectives nouvelles qui font leur entrée dans le champ the lavender linguistics (Leap 1995) : étude des pratiques langagières des gays et lesbiennes. The feminist conversation analysis (Kitzinger 2000) the language and sexuality research (Cameron et Kulick 2003), The feminist post-structuralist discourse analysis (Baxter 2003) the queer linguistics (Livia etHall 1997, Motschenbacher 2010, Greco 2013),
38
Théorie queer linguistique
La théorie queer est une théorie sociologique et philosophique qui postule que la sexualité, mais aussi le genre masculin, féminin ou autre — d'un individu ne sont pas déterminés exclusivement par son sexe biologique (mâle ou femelle), mais par d’autres facteurs comme → Approche étudiant les pratiques langagières LGBTQIA+. → Genre et sexualité vus comme variables non fixes. son environnement socio-culturel, son histoire de vie ou par ses choix personnels. Qui rassemble des études sur les pratiques langagières et représentations des Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Intersex, et autres groupes sous-représentés
39
L’humain pluriel
Nous nous développons dans une diversité de socialisations qui nous permettent de nous imprégner de différents discours et comportements, de différentes normes. Suivant les milieux dans lesquels nous interagissons, nos performances ne seront pas les mêmes; les traits d’appartenance que nous mettrons en avant, qu’ils soient de milieux, de style ou de genre, seront sujet à variation. Les pressions ressenties subies dans certains milieux/espaces jouent un énorme rôle dans le besoin que peuvent avoir les individus de se conformer aux normes prescrites par le milieu d’interaction.
40
Pourquoi dit-on que l’humain est pluriel ?
→ On grandit dans plusieurs sphères de socialisation. → On adopte différents styles selon les milieux : famille, école, travail, amis…
41
Pourquoi nos performances changent-elles selon les milieux ?
→ Pressions sociales différentes. → Nécessité de se conformer aux attentes du groupe pour être accepté.
42
La Sociolinguistique urbaine
Les chercheurs sociolinguistes sont impliqués dans l’action de la Cité. Ils observent les pratiques dans le cadre des villes, et comment ces pratiques contribuent à la configuration de l’espace urbain. La ville est un lieu de brassage linguistique, un lieu de convergence où se retrouvent des populations très diverses: de la campagne, de différentes villes ou région, de différents pays, avec leurs langues et variétés de langues. Ces migrations vers les espaces urbains entrainent des tensions sociales et identitaires, des discriminations (sociales et linguistiques), des reconfigurations de l’espace urbain, des liens sociaux et des identités Pour le sociolinguiste, il s’agit de comprendre ces mouvements, voir comment le positionnement social des individus et des groupes s’articule à l’espace, et comment les discours et les imaginaires des habitants participent des définitions des villes et de la construction des espaces urbains.
43
théorisation du lien entre la ville et les langues, se fait suivant trois grands courants
1) Des discours, des paroles, des langues dans la ville: on s’intéresse aux parlers urbains (néologie, argot etc.) (Rubin, 1968, Goudailler 1997, Grosjean 2015,) 2) Des discours sur la ville, qui disent la ville: on peut, en effet appréhender la ville par ce que l'on dit d'elle, les descriptions mêmes polyphoniques, celles des professionnels, urbanistes ou politiques, celles des habitants et usagers, les études d'itinéraire, etc. 3) Des espaces langagiers: la ville est le lieu de coexistence de langues (de locuteurs) qui se disputent l’espace urbain. On s’intéressera aux discours qui font état des appropriations d’un espace urbanisé par des locuteurs donnés d’une langue, d’une variété de langue.
44
Le lieu dans lequel on échange joue un rôle important dans le choix de la langue: ➢Rubin, Joan, National Bilingualism in Paraguay, La Haye, Mouton, 1968:
Dans son étude sur la situation linguistique au Parguay, où un fort pourcentage de la population est bilingue en guarani et en espagnol, Joan Rubin souligne qu’à la campagne les intertlocuterus se parlent en guarani alors qu’en ville d’autres facteurs interviennent pour le choix de la langue […]
45
1) Des discours, des paroles, des langues dans la ville Exemple d’un parler urbain stigmatisé: Le parler des banlieues Fonction
ludique cryptique identitiaire
46
➢François Grosjean, 2015 Parler plusieurs langues. Le monde des bilingues. Albin Michel, 2015
Dans son livre, il nous dit qu’ « Afin de ne pas se faire remarquer, de nombreuses personnes issues de la migration, en France, préfèrent parler français lorsqu’elles sont en public alors qu’elles auraient naturellement choisi la langue minoritaire pour interagir avec ceux qui l’accompagnent.» p.66
47
parler banlieu: fonction ludique
➢fonction ludique ex. verlan, jeu avec les mots
48
parler banlieu: fonction identitaire
se distinguer des autres, revendiquer une identité collective. Logique de résistance et d’affirmation de soi d’une population stigmatisée et marginalisée, en opposition à la norme standard symbolique de l’autorité, de l’école, du monde du travail.
49
parler banlieu: fonction cryptique
création d’un code auquel les adultes / les autres groupes n’ont pas accès
50
parler banlieu: manifestation de cette identité culturelle?
manifestation de cette identité culturelle ? * musique (rap) * tags et graffitis * façon de danser * sports (basket, boxe…) * choix vestimentaire
51
Particularismes lexicaux
➢Emprunts à l’arabe (« être fellèh » = être nul, de fellah = paysan), à l’occitan « tu me tagues les amandons » (tu me casses les couilles), (Binisti, 2001), au romani (chourav), à l’anglais (destroy), italien (« fatche de mesquin » faccia) etc. ➢Les métaphores [airbags = seins] (Goudailler 1997). On notera que la création lexicale se développe dans les champs sémantiques relevant de la violence, de actes de parole, de la femme, de l’argent (Lopez 1999). ➢L’utilisation du verlan [il a kécla (claqué), tout son gencaille, sa race! (gencaille, mot hybride, mixte de argent et caillasse/caille = argent) cité par Caubet, « corpus » 2001, meuf, técis ➢Des apocopes et aphérèses [bléme pour problème, lèz pour balèze, tasse pour pétasse, zic pour musique (goudailler 1997), « monter en zon » aller en prison.
52
particularismes formelles
➢ affrication des vélaires et des dentales prononcées comme tch culture ➢ multiplication des syllabes en /oe/ keuf, meuf ➢ formules figées : « x de chez x » fonction superlative ces chaussures / je les adore / mais elles sont plates de chez plates ➢ verbes transitifs construits intransitivement ça craint, il assure ➢ changement de catégories : ex. grave, trop, genre ce type, il est trop il s’embête grave il nous a montré comme quoi le volley c’était un sport genre marrant
53
Un parler marqué par les insultes
(D tente de démonter le transformateur) B : Qu'est-ce qu'il fait ? le fils d'enculé de sa mère Animateur : Zy va arrête de jouer avec ça putain D: Mais non j'ai fait un stage; je suis spécialiste L'animateur demande à D. de remonter le transformateur (il le remonte). Animateur : Vas-y, laisse tomber, on répète C : Vas-y l'Arabe Animateur : Quel Arabe? C : Vas-y, on va l'pécho M: Ah les relou eh D: Ouais çui-là, il est casse-couille ; j'suis vénèr ; il fouille dans mes affaires, vas-y, tu prends pas mes garetci ? B : Laisse tomber, c'est relou, va niquer ta mère Animateur : Il est chelou çui-là, vas-y vendeur de techi va »
54
Les dozens
Les dozens: joute oratoire des Américains noirs où les participants s’insultent à tour de rôle jusqu’à ce que l’un cède, dans ces joutes la vanne « ta mère » a une place centrale
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Les dozens : william labov ouvrage language in the inner city (1972)
Willam Labov atteste déjà dans son ouvrage Language in the Inner City (1972) de l'existence de vannes impliquant les parents dès les années 1940-1950 (elles ont alors une forme rimée) notamment à Chicago, utilisées oralement par la communauté noire américaine. Labov décrit l'insulte rituelle comme une pratique discursive, mettant le plus souvent deux personnes en confrontation, qui échangent des coups, des insultes pouvant être a priori considérées comme très violentes, toutefois sans qu'aucun des deux participants ne se sente véritablement insulté. Si l'un s'estimait tout à coup insulté, cela consacrerait la victoire de l'adversaire et le jeu verbal deviendrait un combat physique.
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Robert Paternostro (2020)
« Dire son identité en français, au croisement entre langue première, seconde et étrangère. L’apport d’une approche sociolinguistique « située » » in Archipelles 10 Affirmer son identité dans et par le discours Ce qui parait violent dans le parler jeune pour des non-initiés ne l’est pas forcément pour des initiés (le dialogue qui suit est tiré de son enquête) Cédric : Donc là m- la banlieue j’ai quand même pris de grandes distances depuis ces depuis ces années-là (.) donc j’ai essayé de changer ma (.) ma façon de parler aussi parce que j’avais pris de mauvaises habitudes. Enq : C’est vrai ? ? Cédric : (.) bah de parler comme un banlieusard quoi (.) après c’est peut-être mon père qui nous a (.) qui nous a tout le temps dit attention ne parlez pas comme des banlieusards alors qu’en fait on est banlieusards hein. Enq : par exemple ? Cédric : L’intonation (.) là tu vois je te parle je sais que c’est pas naturel (.) ça le devient mais ça n- ça c’est pas naturel si je te si je te parlais comme quand je parle à des gars du foot. Enq : Hum hum. Cédric : Ça va être plus (.) mais j’en sais rien moi tu as vu euh (.) employer pas faire des phrases super bien construites (.) avoir ce ton là (.) tu vois ? plus direct (.) plus euh (.) en fronçant les sourcils tu vois il y a il y a aussi la les mi- toutes les mimiques qui vont avec les mains. Enq : Hum hum. Cédric : Tu vois quand tu veux appuyer une idée bah tu y vas quoi (.) c’est presque avec le corps. Enq: D’a. Cédric : euh (.) et le fait de moins parler comme ça (.) mon retour en Australie de d’Australie quand j’ai revu mes am- certains certaines connaissances on va dire (.) putain ça m’a choqué là j’ai vu le. Enq : [Rire]. Cédric : La différence ah ouais (claque des doigts) avant putain je parlais comme ça quoi. Enq : [Rire]. Cédric : Et tu vois j’étais beaucoup plus agressif en fait (.) ça paraît agressif mais ça l’est pas quand tu viens de banlieue (.) quand tu viens de banlieue tu sais qu’il est en train de s’exprimer sur un truc (.) il est pas content mais il est pas (.) utra-énervé ton interlocuteur tu sais tu t- (.) tu sens ça tu t’énerves pas quoi en fait (.) tandis que moi je sais (..) que si je te présente un ami (..) qui parle déjà assez agressif tu tu vas te dire ouais mais il est pas qu’est-ce qui se passe là ? (.) il va t’expliquer des trucs il va te faire (en imitant) je sais pas moi. Enq : [Rire]. Cédric : C’est-à-dire qu’ils ont du mal à contrôler leurs émotions internes tu vois ils ont une certaine haine (.) et euh (.) s’ils te parlent d’un sujet euh (.) qui les touche un peu ils vont ils vont gueuler quoi ils vont (en riant) wouah. Enq : [Rire]. Cédric : Voilà (.) voilà donc parler euh là je te parle j’essaie d’être plus mesuré de faire en sorte d’être compris de tout le monde et pas (.) inspirer une (.) tu vois une espèce de peur pas une peur mais une wouah (.) il est énervé lui tu vois ? parce que moi c’est ça que je ressentais c’est ça x parfois. Enq : [Rire]. Cédric : Tu vois des gens qui s’expriment et qui sont en train de brailler dessus quoi wouah calme-toi (en riant) (.) tu vois ? Enq : [Rire] d’accord
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Par delà l’insulte
Claudine Moise (2003), qui a étudié l’usage des insultes chez les filles, remarque que l’on observe une évolution vis-à-vis du terrain de l’humour, des histoires drôles, des vannes qui était un terrain très genré masculin. Par ailleurs, les filles aussi manient l’insulte « ta mère ». « Plus encore, les expressions ta mère ou sa mère, au-delà des insultes et des vannes, ont aussi, chez les jeunes et chez les filles, une valeur de figement (F. Melliani, 2000), au même titre que par exemple le mot putain. Elles sont formulées sans offense, « comment il pleuvait sa mère c’était trop, je me suis fait piquer sa mère ». « Sa mère devient simple phatique, ponctuant du discours. Sa mère ou sa race s’utilisent donc pour marquer l’intensité, le haut degré et fonctionnent comme particule énonciative » (D. Caubet, 2002)» (C. Moise, 2003 p.49) Cf. « Pratiques langagières des banlieues : où sont les femmes ? » 2003/1, p.47-54
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Théorisation du lien entre la ville et les langues, se fait suivant trois grands courants
1) Des discours, des paroles, des langues dans la ville: on s’intéresse aux parlers urbains (néologie, argot etc.) 2) Des discours sur la ville, qui disent la ville: On peut, en effet appréhender la ville par ce que l'on dit d'elle, les descriptions mêmes-polyphoniques, celles des professionnels, urbanistes ou politiques, celles des habitants et usagers-, les études d'itinéraire, etc. On dit la ville à travers des marqueurs architecturaux: style d’édifice, choix de conservation, démolition (effacement de la mémoire), reconstruction opérés 3) Des espaces langagiers: la ville est le lieu de coexistence de langues qui se disputent l’espace urbain. On s’intéressera aux discours qui font état des appropriation d’un espace urbanisé par des locuteurs donnés d’une langue, d’une variété de langue.
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